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Stade de soccer de Lévis: une jambette de la part du gouvernement
sam. 27 octobre 2007 - 7:36 |
Par Yves Gagné
Source : Le
Soleil
Le Complexe de soccer Honco de Lévis ne touchera pas un sou des 3,6
millions $ de la subvention demandée au gouvernement du Québec. Dur coup
pour l’installation, qui sera inaugurée officiellement aujourd’hui, et
pour les joueurs à qui la facture est refilée.
L’édifice de 7 millions $ se dresse bel et bien sur les terrains de
l’école secondaire Les Etchemins. Mais les cinq promoteurs derrière ce
partenariat public-privé (PPP) sans but lucratif ont appris début
octobre que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MESL) ne
sera pas de la partie.
« Ils ont commencé la construction avant que le ministère ne termine
l’analyse du dossier, explique Jean-Pascal Bernier, attaché de presse de
la ministre Michelle Courchesne. À partir de là, c’est sûr que le
ministère ne pouvait plus financer ce projet-là. Les règles sont
claires. On ne finance pas un projet en cours de réalisation. »
Les promoteurs plaident que les règles ont changé en cours de route. «
Pour nous, le projet était conforme en tous points aux critères exigés
au moment où on a déposé la demande, explique Alain Blanchet, directeur
de cabinet de la mairesse de Lévis, Danielle Roy-Marinelli. La
probabilité que ça fonctionne était grande. Ils ont ajouté un critère
qui était l’obligation de tenir un appel d’offres. »
Sans appel d’offres
La Ville de Lévis, la commission
scolaire des Navigateurs, la caisse Desjardins des Affluents,
l’Association régionale de soccer Québec et l’entreprise Honco se sont
associées pour former la Corporation du complexe de soccer Honco de
Lévis. Honco, une entreprise de Saint-Nicolas qui construit des
structures d’acier, a bâti le complexe. Sans appel d’offres.
« Au départ, cette restriction n’existait pas, indique Réal L’Heureux,
président du complexe. Et, de toute façon, Honco est la seule entreprise
qui pouvait fournir une structure comme la nôtre. »
Sur le site du ministère, dans la description du programme, cette «
restriction » n’est toujours pas inscrite. Sauf qu’elle fait
implicitement partie des exigences, explique M. Bernier, du cabinet de
la ministre. « C’est la norme générale du gouvernement, ça doit
nécessairement se faire par appel d’offres », indique-t-il. L’absence de
précision sur le site Internet est probablement un oubli qu’il faudra
corriger, poursuit-il.
La demande de subvention a été faite le 6 février. En mars, Lévis a
obtenu du ministère des Affaires municipales la permission d’endosser un
prêt de 2,5 millions $ pour ce projet. En avril, la commission scolaire
a été autorisée à céder un morceau de ses terrains pour que le complexe
puisse s’y construire. Deux signaux positifs pour les promoteurs, qui
ont fait connaître leur intention de commencer les travaux en avril.
Ce n’est qu’il y a trois semaines que les partenaires ont reçu une
lettre, datée du 14 août, leur signifiant le refus du MELS.
« Ça n’a aucun bon sens, plaide le député adéquiste de Lévis, Christian
Lévesque. Le gouvernement reconnaît que c’est un projet important, puis
tout s’arrête. On s’est aperçu entre-temps qu’il avait changé ses règles
sans même aviser le promoteur. (...) À cause des élections, on dirait
que des choses ont changé dans ce dossier-là et qu’on a préféré
développer Québec plutôt que Lévis. »
Moins parfait que prévu
Le Complexe de soccer Honco, de la
famille des PPP que le gouvernement promeut et que certains candidats à
la mairie de Québec citent en exemple, s’avère moins parfait que prévu.
« Le message qui nous apparaît clair du gouvernement, c’est que si tu es
en mode PPP, tu n’auras pas de subvention », lance Réal L’Heureux,
président du complexe.
Il ne croit pas avoir « joué avec le feu » en procédant aux travaux
avant la confirmation du ministère. « Si on avait eu une réponse au
printemps, on aurait été correct pour les délais, dit-il. Il y avait une
urgence d’avoir un stade de soccer dans la région en 2007. »
L’heure est maintenant à l’entreprise de persuasion. « C’est évident que
3,6 millions $ sur un total de 7 millions $, c’est très important,
convient-il. On est à l’étape de demander une révision de la décision du
ministère. »
Mais, pour le moment, rien ne semble remis en cause du côté
gouvernemental. « C’est vraiment hors norme, affirme Jean-Pascal
Bernier, du MESL. Le programme ne peut pas couvrir ce projet-là. »
Ce matin, les cinq partenaires du projet procèdent à l’inauguration
officielle du Complexe de soccer Honco de Lévis. Leurs invitations à la
ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, et à son collègue
responsable de la région de Chaudière-Appalaches, Laurent Lessard, sont
restées sans réponse.
La facture refilée aux joueurs
Les promoteurs du Complexe
de soccer Honco craignent de se faire chiper des joueurs par les futurs
stades de la Rive-Nord.
Sans la participation du gouvernement du Québec, le stade de soccer
intérieur de Lévis devra louer ses terrains au tarif horaire de 135 $,
au lieu de 90 $.
« Pour un joueur qui passe du soccer en gymnase à des terrains comme le
nôtre, ça fait une différence de 200 $ de plus pour la session hivernale
de 20 semaines, explique le président du complexe de soccer, Réal
L’Heureux. Cela serait réduit de 100 $ à 120 $ avec la subvention. »
Dès cet hiver, quelque 20 000 mordus du ballon rond se disputeront les
plages horaires du complexe lévisien, le seul à offrir des terrains
intérieurs dans la région.
Mais le campus Notre-Dame-de-Foy, qui a un projet de stade couvert de
10,4 millions $ subventionné à 50 % par Québec, doit ouvrir ses portes à
la fin de 2008. Le projet de 19 millions $ du parc Chauveau financé au
deux tiers par les gouvernements fédéral et provincial doit être ouvert
au public au printemps 2009. Sans compter les terrains de
soccer-football du Super PEPS.
« C’est évident que si eux offrent des terrains à 80 $ ou 90 $ de
l’heure, il y a le potentiel de venir chercher notre clientèle », note
M. L’Heureux.
Volonté d’être les premiers
La volonté des
partenaires du complexe Honco d’être les premiers à répondre au besoin
criant d’installations intérieures n’est pas étrangère à leur
empressement à construire la bâtisse. « L’idée était aussi de fidéliser
une clientèle et de penser comme une entreprise qui est dans un marché
et qui veut des clients », souligne Alain Blanchette, au cabinet de la
mairesse de Lévis.
Les plateaux de jeu du complexe sont déjà réservés à 85 % cette année,
note M. Blanchette. « Mais dans cinq ans, ce sera une autre game,
prévoit-il. Et il y aura une forme de compétition. Pourquoi notre
centre, qui a été réalisé avec le jus de bras de tout le monde et en se
serrant les coudes, devrait coûter le double des autres qui auront été
subventionnés? »
Une situation qui préoccupe aussi le député adéquiste de Lévis,
Christian Lévesque. « À Québec, ça va coûter 90 $ pour des stades
subventionnés, affirme-t-il. Là, on dirait que parce que les gens de
Lévis sont trop dynamiques au goût du gouvernement, ils n’ont pas
accepté de financer le projet. »
Article de Simon Boivin. Reproduit avec autorisation.